21 h, Pékin

Je me souviens, Athéna, le 5 juin 1989, la place était chaude. Impavide. Ils avaient 20 ans et voulaient grandir libres. Leur colère était posée là, sur le pavé. En réponse à leur insupportble demande, sont arrivés les chars. Lentement, les canons pointés sur eux.

L'homme à la chemise blanche n' avait pas encore 20 ans, qui s'est avancé au devant d'une mort promise. Il est mon fils, mon amant, mon frère.

Dans le courage de son corps oublié, il marche au devant du char qui s'avance. Seul. Face à lui, un autre homme. Cuirassé, mais homme.

La nudité du premier met à nu la conscience du second.

Qu'adviendra-t-il, Athéna, de l'enfant qui aura 20 ans, quand les chars ne seront plus conduits par des hommes?

Entre deux chars, si l'écart devient virtuel, la cécité rendra folle.

Votre Pandora

 

 

14 h, Athènes

Me voici chez vous chère Athéna.

Sans imaginer rien, cela se fait tout seul: une forme ronde obstrue l'ouverture du souffle, pousse au bord les mots malhabiles, malmenés par trop de manque. La chose enfle. Je voudrais là, trouver la trouée d'air; à mains nues je cherche, muet, le cri de l'enfance, à moins que ce ne soit celui du père?

Le tort du silence est de faire noeud et celui du plaisir d'en fermer sur lui les issues. Le noeud est petit, mais grand dans son image. Alors on imagine le désir d'en finir: l'asphyxie ou l'abandon du corps à ses larmes.Pleurer la bouche pleine de pauvres mots crus hors d'atteinte, ne cacherait-il pas quelque délice à demi nu?

Pandora

 

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