L'œuvre au noir de Manolis Bibilis

        La nuit traque l'oeil. La nuit qui ne ferme pas l'oeil de la nuit. Un photographe passe une nuit blanche dans la chambre noire. C'est moins la vision d'une ville la nuit, que l'oeuvre au noir de la pupille. Jetant au creuset de l'insomnie son boîtier, le photographe change une ville en Beauté.
       "Je suis belle, ô mortels! comme un rêve de pierre."
        L'image, ici non plus, ne "déplace les lignes" -tirée au cordeau, comme une fable euclydienne. C'est une ville où s'écarquille la nuit tombée des étoiles, et qui marche sur les eaux. Avec ses quais qui prennent le large, ses fenêtres aux ardeurs de vitrail, et ses toits, ses toits à la dérive où sonnent des cloches englouties.
        Il ne s'est visiblement pas agi, pour Manolis Bibilis, de photographier une ville de nuit, mais, par l'ouverture de la Photographie, de la défenestrer.
        Son méthodique objectif au-devant de la nuit inextinguible.
                                            Hervé Bauer

Le texte d'Hervé Bauer a été publié pour la première fois à l'occasion du 130e rendez-vous de La Cave Littéraire.

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